
Souriez!
hugues-mircea PAILLET*
Je témoigne de la richesse infinie que peut signifier pour un être l’acquisition d’un savoir-faire manuel, tel que peut l’être l’osier-vannerie!
Donner vie à cet art, c’est d’abord œuvrer seul, avec son ombre : lui donner forme, la cerner; lui permettre de grandir : vaincue, elle laissera place à la lumière.
S’ennoblir au soleil du dressage de nos passions, au domptage de nos forces vitales débordantes d’enthousiasme, comme de fragilité: c’est croire à l’inaccessible du chemin qui peut conduire à la réalisation : ce processus alchimique, puisque fruit du cheminement de chaque individu, de la qualité du parcours entamé, de la force appliquée à l’ouvrage toute tissée du souffle détendu !
Créer LA BELLE FORME, c’est accueillir un nouveau souffle de la vie, le retenir un moment jusqu’à l’expire, qu’il distille en nous et autour de nous le suc délicat de sa tension.
Je me laisse habiter, j’observe, j’accueille et accepte parfois d’avoir failli.
*maître osiériculteur-vannier, diplômé de l’école nationale de Fayl-billot(52) en 2002; installé en tant qu’exploitant agricole depuis 2003 à Eourres(05); militant de l’humble et auguste brin d’osier : de celui qui sans prétention enseigna le saint comme le pécheur!
“J’avais consacré mon mémoire d’instituteur au soucis de l’intérêt que peut manifester l’enfant pour la “matière” que le pédagogue motivé voire l’institution souhaite lui transmettre voire proposer!
Pour ce faire, après l’école normale affectée d’une ouverture vers la pédagogie Freinet, un module d’approfondissement aux pédagogies alternatives m’a présenté la philosophie de Rudolph Steiner et des écoles Waldorf qu’il a créé: j’ai embrayé pendant 2 ans à me former à cet art en me déformant ainsi de nombreux carcans inculqués.
J’ai reçu alors 2 cadeaux du ciel -Sophia d’abord, puis Lise-; la séparation d’avec leur maman me permis de gouter à l’absence, celle du fils unique qui encore s’apprend.
Après cette fameuse reconversion pour l’agriculture (osiériculture-vannerie), un mariage et le nouveau départ professionnel dans la foulée; le décès de la maman de Syowinn ,la petite dernière , me met enfin au pied du mur de l’éducation mono -parentale du tout petit (elle n’a encore que 4 ans).
L’intérêt de l’enfant entre 6 et 12 ans avait été un préalable,j’avais un bébé de 8 mois dans les bras :son désir de vivre , le mien de retrouver ce goût là.
Alors, au lieu de plonger dans le monde de l’enfant avec l’enfant,
je me suis, je m’illusionnais, “réfugié “dans mon métier passion,ce tressage du saule-osier, sa culture et la transmission du savoir-faire vannier.
L’enfant je le regardais du coin de l’œil, sa charge me faisait peur, aujourd’hui encore, je suis réticent!
Responsable à la bonne heure, du bonheur des autres …mais de l’enfant, de mon enfant…intérieur.
Une entreprise agricole, ça me plaît; mieux serait une aventure de clan, de projet, je l’entrevois telle vraie!
Voici une bouteille de vie (d’eau douce) lancée dans l’océan du modernisme, la promesse d’un vivant : restera- t- il seulement quelques palmiers ou oasis résonnant à cette cohérence : je garde foi . “
