le saule va né

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Plessage et périgourdin: axes éprouvés 25 novembre 2008

Classé dans : offertoire — hugmir @ 23 11 30 1130
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Deux axes principaux sont proposés à votre réflexion :

-La haie bocagère entretenue et l’arbuste auquel imprimer un geste -tronçonneuse ou tressage!- : le plessage  ,ou l’entretien et la remise en œuvre des haies  ,auguré cette fois par Franck Viel *cf. le lien (  http://www.haiesvives.org/html/plessage_des_haies.htm)

-La vannerie périgourdine  : lors d’une première initiation augurée par Philippe Guérinel , lou bouricounaïre ( dont voici un lien -si pas accessible le retrouver dans l’espace dédié sur ce blog-): http://188366.aceboard.net/188366-1727-6340-0-Film-fabrication-perigourdin-bouyricou.htm

- Deux orientations vives qui , je le souhaite  ,vous enthousiasmeront autant que je le  suis!Les photos suivront.

Dès lundi 20 avril -le jour de mon anniversaire-, j’irai rejoindre l’association de Bradas(04), afin de proposer le “bouricou” à ces amis.

Hugues-Mircea Paillet : 04 92 43 69 38 /0662680277 ; mail : hmircea@no-log.org /et hugmir@imode.fr Contact sur le blog:  hugmirvanne.wordpress.com

 

Permis de vivre … simplement vrai! 25 novembre 2008

Classé dans : A. préambule :entrée en matière — hugmir @ 2 02 07 1107
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« Si 5% de la population décidait d’autoconstruire son habitat avec des
matériaux premiers, d’être autonome en alimentation et énergie, de ne plus
consommer mais d’échanger, de recycler et surtout de ne plus recourir aux
banques pour emprunter, tous le système s’écroulerait !

On donne des idées à d’autres qui viennent nous voir de partout en France et
exportent le modèle solidarité-autonomie-écologie vers leur région…

…Alors la bête (le capitalisme) a peur, elle est blessée (crise
financiére, boursiére et bientôt économique), alors elle se défend.

-on embastille ou ruine les faucheurs d’OGM

-on perquisitionne et met à sac la maison d’un producteur de purin d’ortie.

-on crée des fichiers

-on menace les sages femmes qui font accoucher à domicile

-on dérembourse les médicaments homéopathiques avant de bientôt les
interdire

-on interdit la culture des légumes anciens au profit des hybrides F1

-on interdit les yourtes

-on empêche les gens de rouler à l’huile

-on interdit l’utilisation des toilettes séches, de l’eau de pluie,
l’épuration phytosanitaire

-on vide les squats

-on privatise les services publics, la culture, l’école.

-on empêche la construction écologique

-on envahit une petite communauté et tout un village avec 150 policiers, on
fout à bas du lit des nanas à poil, on les menotte dans le dos et on les
laissent ainsi debout pendant huit heures pendant qu’on démolit toute leur
ferme pour trouver quoi ? un fascicule des horaires SNCF( j’en ai aussi pour
éviter qu’on m’oblige systematiquement à passer par la ou je veux pas), du
matériel d’escalade (traduisez : une échelle, c’est pas très courant dans
une ferme) et deux pinces de forge (normal quand on est forgeron ?)

-et bientôt, l’autoconstruction sera aussi un délit !”

Un auto-constructeur.

 

Sylvie raconte -nous ! 25 novembre 2008

Classé dans : A. préambule :entrée en matière — hugmir @ 2 02 02 1102
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On voudrait vivre tranquillement comme tout le monde,

même si on est pauvre, même si on consomme pas,

qu’on est plus capable de rentrer dans un super marché,

vivre même si on paye pas d’impôts et pas de redevance,

mais qu’on ouvre sa porte aux colporteurs de paix

et aux perdus du système,

vivre tranquille

même si on habite au fin fond de la campagne

sur une friche industrielle abandonnée

et qu’on préfère consacrer ses après-midi à débroussailler

les restanques, les faïsses, les bancels,

où nos ancêtres cultivaient la vigne sur une terre saine,

on voudrait vivre tranquille

avec nos panneaux solaires et notre évier dehors,

et sur la table de nuit, nos livres de philosophie,

d’anthropologie et de spiritualité politique,

on voudrait vivre tranquille en osant inventer

des actes cohérents pour un monde humain et fraternel,

avec de la place pour tous, aussi nombreux qu’on soit,

de l’amour pour tous, un accueil pour chacun,

c’est fou comme le cœur s’élargit quand on le laisse s’ouvrir,

un toit pour tous, un toi pour moi,

quelqu’un ou quelque chose qui m’abrite

parce qu’on est pas des bêtes,

on voudrait vivre tranquillement sa vie

comme on l’imagine, comme on la rêve,

même sans argent, même sans portable,

sans bagnole, sans télé et sans jacuzzi,

même si on se traine plus chez l’AS et l’ANPE,

qu’on glane les champs et les fins de marché,

les fripes de la croix rouge, les salades sauvages,

qu’on chante le matin avec les oiseaux

et le soir autour du feu,

mais non, ils t’accusent

d’être assisté, parasite et paresseux

et en même temps te reprochent

de prendre ta vie en main,

ils t’accusent de vivre sous une tente, dans un camion,

une maison en paille ou une veille ferme retapée,

ils vous fouillent, vous dépouillent,

vous flanquent des gifles et vous fichent,

bien que vous n’ayez guère l’air d’un brigand,

mais l’air respirable que vous avez,

insoumis, libre, insouciant et grave,

ils ne peuvent le blairer,

et nous, on peut plus croire qu’on se fait épingler

au mauvais moment au mauvais endroit,

quand cet endroit c’est ta maison

et ce moment celui que tu as choisi pour être heureux.

Moi j’aurais voulu vivre tranquillement sous ma yourte

mais j’ai encore un procès en ville demain,

c’est le 15 janvier 2009, au tribunal d’Alès en Cevennes,

, serrons nous les coudes,venez avec moi,

parce qu’on peut pas les laisser faire,simplement parce que ce n’est pas juste.

Sylvie, de “Yurtao, la voie de la yourte”.

 

permis de vivre , appel à suivre 25 novembre 2008

Classé dans : A. préambule :entrée en matière — hugmir @ 1 01 58 1158
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Comment les riches se débarrassent des pauvres.
Avec la crise du logement, nos campagnes ne sont pas épargnées par le fléau de la spéculation immobilière. Les territoires ruraux, abandonnés des pouvoirs publics, privés de la solidarité traditionnelle ouvrière ou agricole, ainsi que le patrimoine social et environnemental deviennent, en zone désertifiée, la proie des marchands, au détriment d’une population locale qui, déjà gravement touchée par la crise économiques, tente courageusement de s’en sortir.
Après que les meilleurs bâtiments des activités aient été rachetés par des notables, les friches les plus reculées font désormais l’objet d’âpres convoitises.
A suivre le procès de Sylvie, audition le 15/1/9 .

 

Demain l’enseignement 22 novembre 2008

Classé dans : A. préambule :entrée en matière, offertoire — hugmir @ 10 10 16 1116

Une chronique ou une fiction ; tissons un autre avenir solidaire!

La journée d’Enzo – 3 septembre 2012
>
>
> Enzo est assis à sa place, parmi ses 42 camarades de CP. Il porte la
> vieille blouse de son frère, éculée, tachée, un peu grande. Celle de
> Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d’une
> grande marque automobile.
> La maîtresse parle, mais il a du mal à l’entendre, du fond de la
> classe. Trop de bruit. La maîtresse est une remplaçante, une dame en
> retraite qui vient remplacer leur maîtresse en congés maternité. Il ne
> se souvient pas plus de son nom qu’elle ne se souvient du sien. Sa
> maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis est partie en
> congés. La vieille dame de 69 ans est là depuis lundi, elle est un peu
> sourde, mais gentille. Plus gentille que l’intérimaire avant elle. Il
> sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal. Du coup Enzo ne
> comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans
> BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les
> dates des croisades. On l’a mis sur la liste des élèves en difficulté,
> car il a raté sa première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30
> pour le soutien. Sans doute aussi aux vacances. Hier, il avait du mal à
> écouter la vieille dame, pendant le soutien ; son ventre gargouillait.
> Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait que du pain. Il l’a
> mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne peuvent déjà plus
> payer la cantine. Il a commencé l’école l’an dernier, à 6 ans. L’école
> maternelle n’est plus obligatoire, c’est un choix des mairies, et la
> mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir une école.
> Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l’école privée à 3
> ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l’accueil et le goûter
> n’existent plus, place à la morale, à l’alphabet ; il faut vouvoyer les
> adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se taire, se débrouiller
> seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. Les
> enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante à
> cinquante élèves chacun comme une garderie. L’école privée en face a
> une vraie maternelle, mais seuls les riches y ont accès. Mais Brice a
> moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l’école et ses
> leçons de CP. En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses
> parents ne peuvent pas l’aider pour les devoirs, ils font trop d’heures
> supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin
> Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir
> à l’école, pour aider son grand-père, qui n’a presque pas de retraite.
>
> Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son
> ami Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le
> directeur de l’école (un gendarme en retraite choisi par le maire) a
> rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais.
> Enzo n’oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à
> côté de son père menotté. Il paraît qu’il n’avait pas de papiers…
> Enzo fait très attention : chaque matin il met du papier dans son
> cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère
>
> Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a
> besoin de lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut
> payer l’assurance, et ses parents n’ont pas les moyens. L’an prochain
> Enzo devra prendre le bus pour aller à l’école. Il devra se lever plus
> tôt. Et rentrer plus tard. L’EPEP (établissements publics
> d’enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les
> CP dans le village voisin, pour économiser un poste d’enseignant. Ils
> seront 45 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une autre
> école. Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son
> grand frère Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être
> que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à
> apprendre par coeur. Mais sa mère dit qu’il n’y a plus de travail, que
> ça ne sert à rien. Le père d’Enzo a dû aller travailler en Roumanie,
> l’usine est partie là-bas. Il ne l’a pas vu depuis des mois. La
> délocalisation, ça s’appelle, à cause de la mondialisation. Pourtant la
> vieille dame disait hier que c’est très bien, la mondialisation, que ça
> apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !
>
> Il lui tarde d’être en récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune soeur
> de maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans
> l’école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques,
> qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c’était un
> syndicaliste qui faisait de la pédagogie. Il y avait aussi madame
> Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux enfants avec des vrais
> livres ; un inspecteur venait régulièrement la gronder ; elle a fini
> par démissionner. Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse
> dans un café, car sa formation n’est pas payée. Elle dit : « A 28 ans
> et un bac +5, servir des bières le soir et faire la classe la journée,
> c’est épuisant. » Surtout qu’elle dort dans le salon chez Enzo, elle
> n’a pas assez d’argent pour se payer un loyer.
>
> Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec
> l’abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d’Arc et les dix
> commandements par coeur. C’est lui qui organise le voyage scolaire à
> Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le
> soutien…
>
> Enzo se demande pourquoi il est là…
>
> Pourquoi Saïd a dû partir
> Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit.
> Pourquoi et comment les usines s’en vont en emportant le travail.
> Pourquoi ils sont si nombreux en classe.
> Pourquoi il n’a pas une maîtresse toute l’année.
> Pourquoi il devra prendre le bus.
> Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages
> Pourquoi on le punit ainsi.
> Pourquoi il n’a pas de lunettes.
> Pourquoi il a faim.
>
> Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours
> et les annonces du gouvernement trouvées sur le net’.
>
> Si vous ne voulez pas que vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces,
> petits voisins, …, deviennent des copains de classe de ce petit Enzo,
> faites suivre ce mail à votre carnet d’adresse ! Il faut que tout le
> monde prenne conscience de ce qui les attend à plus ou moins court
> terme !
>
> Il faut que le ministère arrête de détruire l’Education Nationale !!!
>
> Merci pour eux.
>
> “Le monde sommeille par manque d’imprudence”  (Brel)
>

 

Colère enseignante approuvée 22 novembre 2008

Classé dans : A. préambule :entrée en matière — hugmir @ 10 10 13 1113
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N’ayant plus l’adresse sous la main, je relaye la lettre courageuse suivante ! Voir + loin sur un autre site (cf google)

Colomiers, le 6 novembre 2008

Monsieur l’Inspecteur,

Je vous écris cette lettre car aujourd’hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d’obéir.
Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l’Education Nationale s’est engagé  qui désespère de plus en plus d’enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l’opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l’école se succèdent, suscitant tantôt de l’inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d’arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d’une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est préparée, expliquée et mise en oeuvre. L’Education Nationale n’est pas l’armée ! Il n’y a pas d’un côté ceux qui décident et d’un autre côté ceux qui exécutent ! L’honneur de notre métier est aussi de faire œuvre de raison, de critique et de jugement.

Aujourd’hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l’Education Nationale n’est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l’attestent au grand jour : des milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation d’enseignement déjà difficile, la diminution du volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par tous les chronobiologistes, l’alourdissement des programmes scolaires malgré une rhétorique qui prétend le contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée des RASED alors qu’aucun bilan de leur action n’a été réalisé, la réaffectation dans les classes des enseignants travaillant pour les associations complémentaires de l’école, ce qui mettra à bas grand nombre de projets éducatifs dont l’utilité n’est plus à démontrer, la mise en place d’une agence chargée du remplacement avec l’utilisation de vacataires, la création des EPEP où les parents et les enseignants seront minoritaires dans le Conseil d’Administration, la dévalorisation du métier d’enseignant dans les écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches et finalement des mauvais coups portés à notre système éducatif. Sans compter, ce qui m’est le plus insupportable, l’insistance à dénoncer le soit disant « pédagogisme », c’est-à-dire les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies, apportent des réponses innovantes, crédibles, raisonnables à l’échec scolaire.

Le démantèlement des fondements de l’Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L’objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d’un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu’un « art de vivre », en donnant toutes ses chances à chaque élève, sans aucune distinction.
1. Les « nouveaux » programmes constituent une régression sans précédent. Ils tournent le dos à la pédagogie du projet qui permet aux élèves de s’impliquer dans les savoirs, de donner du sens à ce qu’ils font, de trouver des sources de motivation dans leur travail. Cette vision mécaniste et rétrograde des enseignements, qui privilégie l’apprentissage et la mémorisation, va certainement enfoncer les élèves en difficulté et accentuer l’échec scolaire. Ces programmes sont conçus pour pouvoir fournir des résultats « quantifiables, publiables et comparables » Or, « en éducation, tout n’est pas quantifiable, ni même évaluable en termes d’acquisitions immédiatement repérables ». (Philippe Meirieu). Nous sommes bien dans une logique d’entreprise et de libéralisation de l’école. Désormais, les enseignants seront évalués sur les progrès des acquis des élèves, c’est-à-dire sur la progression des résultats chiffrés. C’est notre liberté pédagogique qui est ainsi menacée. Dans la mesure où les programmes de 2002 n’ont fait l’objet d’aucune évaluation sérieuse et que d’autre part nous ne savons toujours pas qui a élaboré et rédigé les programmes 2008, d’ailleurs sans aucune concertation digne de ce nom, nous sommes en présence d’un déni de démocratie et de pédagogie. Pour toutes ces raisons, je considère que ces programmes sont totalement illégitimes. C’est pourquoi en conscience, j’ai décidé de ne pas les appliquer et de continuer à travailler dans l’esprit des programmes de 2002.
2. Tout particulièrement, je refuse de m’inscrire dans la logique d’une « Instruction morale et civique » aux relents passéistes. C’est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l’inscription d’une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd’hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d’échanger, de se respecter. Nous avons besoin d’une éducation au vivre ensemble, car si nous ne le faisons pas, qui le fera ? L’éducation citoyenne est l’un des piliers de l’école pour construire une société ouverte, démocratique et libérée de l’emprise de la violence. La priorité aujourd’hui est d’apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd’hui, comme hier, en conscience, j’ai fait le choix d’une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble.

3. La réduction du volume horaire de la semaine scolaire de 26h à 24h apporte des bouleversements tels dans l’organisation des écoles, qu’il faut aujourd’hui parler de désorganisation structurelle. Le dispositif d’aide personnalisée pour « les élèves en difficulté » n’est qu’un prétexte démagogique pour supprimer les RASED. Ce dispositif porte un coup fatal à la crédibilité du métier d’enseignant. En effet, de nombreuses expériences pédagogiques d’hier et d’aujourd’hui ont montré et montrent que la difficulté scolaire se traite avec efficacité avec l’ensemble du groupe-classe, dans des dynamiques de coopération, de tutorat, de travail différencié, d’ateliers de besoin, etc. Le dispositif actuel considère que la difficulté doit être traitée de façon « médicale », avec un remède individuel, en dehors de toute motivation et de tout projet de classe. C’est une grave erreur. Ce dispositif est une faute contre l’esprit et la pédagogie. Dès la rentrée, en conscience, je n’appliquerai pas ce dispositif d’aide personnalisée tel qu’il est actuellement organisé. Ces deux heures seront mises à profit pour mener à bien un projet théâtre avec tous les élèves de la classe, répartis en demi-groupe, le mardi et le vendredi de 15h30 à 16h30, ceci avec l’accord des parents.

4. Les stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires à destination des élèves de CM1 et CM2 sont eux aussi des dispositifs scandaleux et démagogiques destinés à caresser l’opinion publique dans le sens du poil. Mis en place sous le motif populiste qu’il est anormal que seuls les riches peuvent se payer des heures de soutien scolaire (dixit notre ministre), ces stages dont certains ne seront pas animés par des enseignants, ne règleront en rien l’échec scolaire. Ils sont destinés à appâter les enseignants qui souhaitent effectuer des heures supplémentaires avec bonne conscience, alors que dans le même temps des milliers de postes sont supprimés, aggravant ainsi les conditions de travail dans les écoles. Parce que je respecte profondément les élèves qui ont des difficultés et leurs parents et que je suis persuadé que ce dispositif est néfaste, je continuerai à refuser de transmettre des listes d’élèves pour les stages de remise à niveau.

5. La loi sur le service minimum d’accueil dans les écoles les jours de grève n’est pas autre chose qu’une loi de remise en question des modalités d’application du droit de grève. Il est demandé aux enseignants de se déclarer gréviste 48h avant la grève afin que ce service minimum d’accueil puisse se mettre en place. Ce qui signifie clairement que les enseignants doivent collaborer à la remise en cause du droit de grève ! On ne saurait être plus cynique ! La commune de Colomiers ayant décidé de ne pas organiser ce service minimum d’accueil les jours de grève, il devient inutile de se déclarer 48h avant. En conscience, je ne me déclarerai pas gréviste à l’administration et j’informerai les parents trois jours avant de mon intention de faire grève.
Dans son dernier ouvrage, « Pédagogie : le devoir de résister », Philippe Meirieu écrit : « Nous avons le devoir de résister : résister, à notre échelle et partout où c’est possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare. Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit. Notre liberté pédagogique, c’est celle de la pédagogie de la liberté. […] Nous n’avons rien à lâcher sur ces principes pédagogiques. Car ils ne relèvent pas de choix passagers de majorités politiques, mais bien de ce qui fonde, en deçà de toutes les circulaires et de toutes les réformes, le métier de professeur dans une société démocratique.
Et devant les errances de la modernité, le professeur n’a rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire… Face à la dictature de l’immédiateté, il doit travailler sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il doit permettre l’émergence du désir. Contre les rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de la culture. Afin d’éviter la sélection par l’échec, il doit incarner l’exigence pour tous.
Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle requiert détermination et inventivité. Echanges, solidarité et travail en équipe. Elle exige du courage. Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir peur de la marginalité. Car, plus que jamais et selon la belle formule de Jean-Luc Godard, « c’est la marge qui tient la page. » »
Si aujourd’hui je décide d’entrer en résistance et même en désobéissance, c’est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. C’est parce que je ne pourrais plus concilier liberté pédagogique, plaisir d’enseigner et esprit de responsabilité qu’il est de mon devoir de refuser d’appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l’espérance que cette résistance portera ces fruits. J’espère que, collectivement, nous empêcherons la mise en œuvre de ces prétendues réformes. Cette action est une action constructive car dans le même temps il s’agit aussi de mettre en place des alternatives pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.

Monsieur l’Inspecteur, vous l’avez compris, cette lettre n’est pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l’adresser et de la faire connaître. Le propre de l’esprit responsable est d’agir à visage découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents à cette action. C’est ce que je fais aujourd’hui.
Je vous prie de recevoir, Monsieur l’Inspecteur, l’assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.

Alain REFALO
Professeur des écoles
Ecole Jules Ferry, Colomiers (31)

Lettre adressée à Mr l’Inspecteur de l’Education Nationale de la 17ème circonscription de la Haute-Garonne.