On voudrait vivre tranquillement comme tout le monde,
même si on est pauvre, même si on consomme pas,
qu’on est plus capable de rentrer dans un super marché,
vivre même si on paye pas d’impôts et pas de redevance,
mais qu’on ouvre sa porte aux colporteurs de paix
et aux perdus du système,
vivre tranquille
même si on habite au fin fond de la campagne
sur une friche industrielle abandonnée
et qu’on préfère consacrer ses après-midi à débroussailler
les restanques, les faïsses, les bancels,
où nos ancêtres cultivaient la vigne sur une terre saine,
on voudrait vivre tranquille
avec nos panneaux solaires et notre évier dehors,
et sur la table de nuit, nos livres de philosophie,
d’anthropologie et de spiritualité politique,
on voudrait vivre tranquille en osant inventer
des actes cohérents pour un monde humain et fraternel,
avec de la place pour tous, aussi nombreux qu’on soit,
de l’amour pour tous, un accueil pour chacun,
c’est fou comme le cœur s’élargit quand on le laisse s’ouvrir,
un toit pour tous, un toi pour moi,
quelqu’un ou quelque chose qui m’abrite
parce qu’on est pas des bêtes,
on voudrait vivre tranquillement sa vie
comme on l’imagine, comme on la rêve,
même sans argent, même sans portable,
sans bagnole, sans télé et sans jacuzzi,
même si on se traine plus chez l’AS et l’ANPE,
qu’on glane les champs et les fins de marché,
les fripes de la croix rouge, les salades sauvages,
qu’on chante le matin avec les oiseaux
et le soir autour du feu,
mais non, ils t’accusent
d’être assisté, parasite et paresseux
et en même temps te reprochent
de prendre ta vie en main,
ils t’accusent de vivre sous une tente, dans un camion,
une maison en paille ou une veille ferme retapée,
ils vous fouillent, vous dépouillent,
vous flanquent des gifles et vous fichent,
bien que vous n’ayez guère l’air d’un brigand,
mais l’air respirable que vous avez,
insoumis, libre, insouciant et grave,
ils ne peuvent le blairer,
et nous, on peut plus croire qu’on se fait épingler
au mauvais moment au mauvais endroit,
quand cet endroit c’est ta maison
et ce moment celui que tu as choisi pour être heureux.
Moi j’aurais voulu vivre tranquillement sous ma yourte
mais j’ai encore un procès en ville demain,
c’est le 15 janvier 2009, au tribunal d’Alès en Cevennes,
, serrons nous les coudes,venez avec moi,
parce qu’on peut pas les laisser faire,simplement parce que ce n’est pas juste.
Sylvie, de “Yurtao, la voie de la yourte”.